métaRipailles
Bon, voilà, hop, le métablog nouveau est arrivé
Ici pourront se rassembler, s’agréger, se greffer, s’empiler, s’agrafer, se lister, s’illustrer et se tracer les images et les textes que nous aurons envie, les un(e)s et les autres engagés de près ou de loin dans le méta-atelier, de faire circuler ou d’échanger.
Un premier rendez-vous nous a rassemblé le vendredi 16 octobre autour d’un repas, à l’occasion des déjà fameuses Ripailles organisées par Renaud, Janine, Christophe et tous ceux de CASA (Collectif d’Action des Sans-Abris d’Avignon). Près de 4 heures passées à parler ensemble, et à croquer des salades, après la proposition faite par Jean-Paul Thibeau de se réunir pour évoquer le thème que le méta-atelier expérimentera cette année : “Rencontre avec l’expérience de ‘pauvreté(s)‘ et ses malentendus“.
La retranscription de la table ronde du 16 novembre est accessible ici au format .pdf : Rencontre avec l’expérience de pauvreté(s) et ses malentendus
Et puis ces quelques extraits piochés parmi les textes transmis par Jean-Paul Thibeau quelques jours auparavant :
- Antonia Birnbaum : Faire avec peu (extrait d’un courrier électronique de juin 2003, adressé à J-P Thibeau)
Un jour où un passant vit Diogène mendier une obole à une statue et lui demanda pourquoi il agissait ainsi, il répondit : ” Je m’exerce à ne rien recevoir “. Ce trait d’esprit résume à lui seul l’attitude cynique. Le philosophe transforme la difficulté de supporter la pauvreté en une occasion de ridiculiser la gloire des statues : par là même, il expose la pauvreté comme condition de sa franchise. Rarement la pauvreté ne fut traitée avec autant de désinvolture. Le plus souvent, elle s’impose à nous comme une condition involontaire et subie qui envahit aussi bien le présent que l’avenir, la vie des individus que celle de la planète. Alors même que la pauvreté est déjà l’état avéré du monde, nous ne cessons de devoir lutter pour tenter “d’en sortir “, voire simplement pour en contenir les effets. Parce qu’elle creuse le sillon du besoin, la pauvreté est généralement perçue comme souffrance ou comme obstacle. Cette perception est si forte qu’on en oublierait presque que la vie des pauvres n’est pas faite essentiellement de misère, mais bien de toute la complexité de ce qu’ils vivent. Or en toute conséquence, si le malheur était vraiment l’unique détermination d’une existence pauvre, alors l’immoralité devrait être l’unique détermination d’une vie riche, et la dénonciation l’unique tâche d’une vie éclairée.
- Antonio Negri : Kairos, Alma Venus, Multitude (Calmann-Lévy en 2001)
(p103)10 bis. La pauvreté se donne donc avant tout comme résistance. Il n’y a pas d’expérience de la pauvreté qui ne soit en même temps résistance contre la répression du désir de vivre. « Résistance » est ici à comprendre comme affirmation de soi, en tant que commun et contre l’exclusion : une « autovalorisation » qui, surgie de la pauvreté nue, se dresse contre l’ennemi.
(P106) 10. quinque. (…) La résistance du pauvre produit de nouvelles formes de vie subjective et en élargit les marchés, investit sans trêve sur de nouvelles concaténations et de nouvelles machines expressives, et crée de nouveaux espaces linguistiques : c’est pour cette raison que l’on peut dire, absolute, qu’elle produit.
11. quater. Le singulier trouve la forme la plus haute de sa définition dans le nom commun de pauvreté, un nom commun qui ne connaît aucun dehors.
12. De cette manière, le nom commun de pauvreté se présente donc en tant que force productive. En effet, qu’est-ce donc aujourd’hui que la production pour la pensée postmoderne, sinon la valorisation – dans le biopolitique – d’actes singuliers qui, en s’entrecroisant et en formant une multitude, produisent le monde et le reproduisent ? (…) La pauvreté est le contraire de la richesse parce qu’elle est la possibilité singulière de toutes les richesses.
- Rainer Maria Rilke : Le livre de la pauvreté et de la mort (Traduction d’Arthur Adamov. Actes Sud . 1989)
(p28)
Mais toi tu es vraiment le pauvre, le dénué de tout, / Tu es le mendiant qui se cache la face ; / Tu es la grande lumière de la pauvreté / Auprès de qui l’or semble terne.
(…)
Toi qui sais tout, toi dont la science infinie / Naît de la surabondance de la pauvreté, / Fais que les pauvres ne soient pas toujours écrasés, / Libère-les du lourd mépris attaché à leurs pas.
La vie des autres hommes erre et flotte en tout sens ; / Eux seuls prennent racine au sol comme des arbres. / Regarde-les bien : qui peut les égaler ? / Leur marche les conduit où les pousse le vent,
Ils reposent comme s’ils étaient tenus dans une main ; / Et dans leurs yeux se reflète l’ombre sainte des prairies / Où tombe une brève pluie d’été. / Les pauvres sont aussi silencieux que les choses,
Et quand au hasard des chemins un foyer les accueille / Ils y prennent place humblement comme des visages familiers / Et se confondent aux ombres vagues du décor,/ et s’effacent dans l’oubli comme des outils abandonnés.

