l’humeur du directeur

4 octobre 2008

RONAN TABLANTEC

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Si vous l’avez croisé au cours de cette mémorable quinzaine de tournée provençale, vous savez désormais que Sébastien Barrier a choisi de devenir breton, et que Ronan Tablantec était le nom qui lui convenait le mieux pour raconter toutes ses sornettes. Avec le recul, déjà, il me restera en premier qu’il nous a prouvé chaque soir combien il aimait les enfants. M’étonnerait pas qu’avec Carmen, bientôt…
Reste qu’à l’arrivée, vous avez été près de 900 à partager ces moments d’humour et de grande tendresse. Merci à vous, chers spectateurs de Morières-les-Avignon, de Noves, de Chateauneuf-de-Gadagne, de Cavaillon, du centre pénitentiaire, de Cucuron, du Thor, de Cabrières-d’Avignon, de Mérindol. La Provence n’en a jamais parlé, comme quoi, on peut se passer d’elle, ce qui ne surprendra vraiment plus personne.

28 septembre 2008

c’est dur d’être aimé par des cons

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:00

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Cela peut arriver, il n’y a pas de honte à ça, mais par contre, dans ces cas là, il est important de traiter rapidement le mal.
Donc, si actuellement vous vous sentez abattus, il peut y avoir de quoi. Le capitalisme libéral est en train de s’effondrer, ce qui peut être considéré comme une bonne nouvelle, mais, ce constat posé, on se demande aussitôt ce que cela va avoir comme conséquence sur nos quotidiens, tant ils sont englués dans cette logique capitaliste que la plupart d’entre nous n’ont pas choisi.
Alors, histoire d’une part de se remonter le moral, mais surtout de prendre un grand « pot belge » pour affronter les luttes à venir, courez voir le film de Daniel Leconte récemment sorti sous le titre « C’est dur d’être aimé par des cons ». Très très très roboratif. Grand vent d’espoir pour aujourd’hui et demain, et preuve formelle, s’il en était besoin, que l’on n’a jamais rien à gagner à perdre la face et sa dignité.
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14 septembre 2008

une saison 2008/09

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 20:27

Dire que les Africains ne sont pas entrés dans l’histoire est un stéréotype fondateur des discours racistes des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècle“, a tranché Doudou Diène à la tribune des Nations unies. Le rapporteur spécial de l’ONU sur le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie a évoqué une “dynamique de légitimation du racisme“, et témoigné de la “blessure profonde” causée chez les intellectuels africains par le discours du président français en juillet 2007 à l’Université de Dakar.
Plusieurs écrivains s’étaient joints à Jean-Luc Raharimanana (voir les rendez-vous des 4 septembre et 21 octobre) pour répondre à ce discours, par une lettre publiée quelques jours plus tard dans le quotidien Libération. Extrait : “Vous dites que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Laissez-nous vous raconter un peu cette histoire que vous semblez fort mal connaître. Nos pères, par leurs luttes, sont entrés dans l’histoire en résistant à l’esclavage, nos pères, par leurs révoltes, ont contraint les pays esclavagistes à ratifier l’abolition de l’esclavage, nos pères, par leurs insurrections — connaissez-vous Sétif 1945, connaissez-vous Madagascar 1947 ? — ont poussé les pays colonialistes à abandonner la colonisation“. Ils concluaient en invitant le président au débat, à l’échange.

La saison 08/09 de la Scène nationale de Cavaillon est fortement influencée par ce discours et ses réactions. Ils entraient en résonnance avec les émergences artistiques que nous croisions en provenance des Afriques, le continent et ses “satellites” de caraïbes et d’océan indien. Des auteurs, des chorégraphes, des danseurs, des comédiens font naître un peu partout des pistes artistiques totalement neuves, particulièrement fortes, toutes porteuses de sens nouveaux, de regards originaux.

On ne répétera jamais assez combien l’art est là pour provoquer le sens critique, et accompagner le citoyen dans la pertinence de son regard sur le monde. On se souvient que le film Indigènes du cinéaste Rachid Bouchareb (que nous avons rencontré avec bonheur cet été lors de son tournage à Cavaillon) avait conduit Jacques Chirac, alors président de la République, à réparer une injustice persistante. La parole des artistes fera-t-elle ici aussi surgir l’étincelle face aux analyses erronées ? Nous voulons le croire.

La philosophe Marie-José Mondzain rappelait opportunément lors d’un débat du Théâtre des idées au Festival d’Avignon 2008 que “le théâtre est l’espace de la parole, du partage“. Elle ajoutait que “le théâtre redonne à chacun l’espoir et l’usage de sa propre puissance“. Voilà qui devrait plaire. Même à un président si inculte.

16 août 2008

POUGNE HERISSON première impression

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 14:45

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On le sait, dans une certaine région, les cigales font un bruit infernal, l’été quelques parisiens peuvent même s’en plaindre. Ici, à Pougne-Hérisson dans les Deux-Sèvres, on n’entend que les grenouilles. Si Yannick Jaulin veut un jour écrire en fable une de ses histoires de la vie (ce qu’il a fait cette année avec Terrien, les spectateurs de Cavaillon pourront le vivre en janvier 2009), cela pourrait s’appeler la cigale et la grenouille. Cela dit, à Pougne, il y a bien une fourmilière, c’est le public. Hier soir, parmi les rencontres pas prévues, mais pas si inattendues que ça : Isa-brune, qui nous accueille si chaleureusement toute l’année au Théâtre des Doms à Avignon, et Cathy Deville, du marseillais Théâtre de Cuisine, qui était d’accord avec moi pour reconnaître que la route était bien longue (une dizaine d’heures), et qu’il fallait vraiment le désirer, ce festival. Mais voir le Nombril du monde, cela ne se discute même pas.
Quelques heures après mon arrivée tardive, j’avais déjà mesuré tout autant le froid et l’humidité que la chaleur d’un public venu en nombre incroyable savourer un festival dont les animateurs poussent la coquetterie (ou l’orgueil ? en tout cas, c’est très fort !) jusqu’à ne pas annoncer le programme à l’avance : vous le trouvez à l’entrée, après vous être procuré votre billet d’entrée.
Au menu pour moi des deux jours restants, des artistes qu’on aime et que Vaucluse connaît ou accueillera bientôt : outre Yannick Jaulin, ici sous toutes ses facettes, Opéra Pagaï (qui sera en mai 2009 au Thor avec son Safari intime) qui va donner l’un des tout premiers spectacles de la compagnie, Les mélomaniaques, Sébastien Barrier, venu jouer encore et encore son Ronan Tablantec, un spectacle-boniment que nous allons user encore un peu plus en septembre dans les Nomade(s), Emma la clown (ici en conférence avec Catherine Dolto, inratable), et un autre exporté de Provence, Claude Gudin, pataphysicien, poète surréaliste, qui est déterminé à faire partager à ce public gourmand l’état et les états de ses poils. Et il n’est jamais venu à Cavaillon celui-là ? Bizarre.

7 août 2008

Bussang ne saurait mentir

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 0:47

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Bussang. Vosges. Si vous venez de Paris, il faut prendre d’abord le train pour Remiremont (compter 2h1/2), et ensuite l’autocar qui parcourt en une heure les 35 km de la ligne ferroviaire, démontée il y a 20 ans, transformée depuis peu en une sublime voie verte, offerte aux cyclistes et aux promeneurs (on peut louer un vélo chez Francis Couval / Rosalies, près de l’ancienne gare, très bon accueil).
Aujourd’hui le village compte 1800 habitants. Ils furent près de 3000 au passage du XXè siècle. Mais voilà, terminé le tourisme thermal, arrêtées les mines, fermées les usines textiles. Il reste bien la forêt et de là, une menuiserie, qui paraît-il travaille entre autre pour l’industrie nucléaire. Et finalement, on comprend assez vite que l’une des principales sources de (sur)vie du village est le théâtre, le Théâtre du Peuple.
L’histoire est forte, elle est même unique, faisant de son fondateur Maurice Pottecher le précurseur de Firmin Gémier et Jean Vilar en matière de théâtre populaire. Et 113 ans après son invention, le Théâtre du Peuple est toujours aussi vivant, malgré deux guerres ayant interrompu son activité, et quelques directions artistiques ayant failli l’éloigner de sa vocation originelle.
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C’est l’auteur et metteur en scène Pierre Guillois qui le dirige depuis bientôt 3 ans, et qui semble lui avoir déjà redonné sa tradition, tout en maintenant l’idée de création contemporaine. C’est évidemment le bon choix. Ubu Roi il y a deux ans, les Affreuses (qu’il écrit spécialement pour l’occasion) l’an passé. Et cette année, Le Ravissement d’Adèle, une commande à Rémi De Vos, écrit sur mesure pour la traditionnelle contrainte du spectacle de l’après midi : quelques professionnels joints à une grande troupe d’amateurs parmi lesquels, c’est obligatoire, des enfants. Et pour les soirées d’août, un cabaret rêvé par le maître des lieux, réunissant trois collectifs « remarquables » chez les créateurs français d’aujourd’hui : Octavio, maîtres du burlesques et descendants directs du Magic Circus, Les Possédés, la compagnie dirigée par Rodolphe Dana que tous les théâtres s’arrachent depuis sa magistrale mise en scène du Dernier remord avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, et Cheptel Aleïkoum, un collectif de musiciens et de circassiens, eux-mêmes émanation d’une dizaine de compagnies, installé depuis plusieurs années dans l’un des plus petits villages en France ayant fait le choix d’accueillir des artistes en résidence à l’année, Saint-Agil, Loir-et-Cher, 180 habitants, mais une adjointe à la culture hors norme et très compétente : Karine Gloanec-Maurin, qui fut entre autre la conseillère spéciale de Michel Sapin alors qu’il était président de la Région Centre.
La jauge de l’après midi est à 850 places, celle du soir un peu moins importante du fait du dispositif en forme de cabaret. Les bancs sont en bois, comme le reste du bâtiment, ce qui fait que lorsque vous croisez quelqu’un dans la rue (j’écris ici la rue, car il n’y en a qu’une à Bussang), il est totalement normal qu’il ait un coussin sous le bras. Compte tenu du fait qu’on joue quasiment tous les jours de l’été deux représentations, cela permet d’accueillir en deux mois 25000 spectateurs, plus qu’en une saison entière à Cavaillon. Quelle histoire !
Et pour quel public ? Celui dont on rêve tous dans « nos » théâtres. Des jeunes, des vieux, des qui ne vont jamais au théâtre, des habitués mais pas tant, des qui sont là pour passer un vrai bon moment, et qui en redemandent, autant de femmes que d’hommes (ce qui est devenu très rare), des qui arrivent en avance pour être bien placés, des qui ne partent que très tard parce que c’est bien de boire des coups et d’échanger entre amis ce que l’on vient de vivre avec tant de bonheur.
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Cherchez l’erreur ! Le jour de mon arrivée, je ne fus même pas surpris de rencontrer en fin de matinée, dans la rue (encore elle) de Bussang un promeneur heureux et détendu, en compagnie de sa femme. C’était Bernard Faivre-d’Arcier, qui a dirigé pendant de nombreuses années le Festival d’Avignon. Non, ce n’est pas une erreur, c’est normal, il en est qui connaissent l’histoire.
Il y avait donc, aussi, un directeur de Scène nationale, qui rêverait de créer un jumelage avec le Théâtre du Peuple de Bussang. Pour plein de raisons :
1. Il aurait trouvé très bien d’appeler le Théâtre de Cavaillon ainsi, Théâtre du Peuple, mais… c’était déjà pris !
2. Le travail associant amateurs et professionnels est, depuis 7 ans et la réalisation du spectacle Embouteillage avec Anne-Laure Liégeois, devenu une de nos spécialités. Souvenez-vous Fairy Queen avec Ludovic Lagarde, le cœur de Enrico V avec Pippo Delbono au Festival d’Avignon en 2005, Les Feuillets d’Hypnos dans la Cour d’honneur en 2007, les hallebardiers de Jésus de Marseille avec Valletti et Mazzuchini au printemps dernier…
3. Il est des traditions locales encore fortes et bien vivantes, notamment le travail développé autour de Rasteau et Beaumes-de-Venise par la bande de Vincent Siano, et ce stage qui se déroule chaque été à Valréas grâce au Théâtre du Rond-Point, et qui constitue une référence historique du lien étroit qui existe entre développement culturel et éducation populaire.
4. Le village d’Oppède, qui accueille amicalement les Nomade(s) depuis toujours et qui compte en gros autant d’habitants que Bussang, a construit en 2007 une salle des fêtes qui présente un très important point commun avec le Théâtre du Peuple : le fond de scène s’ouvre sur la nature…
Alors, on peut rêver, non ? Et si chaque année, la Scène nationale réunissait les conditions pour qu’en Vaucluse se réalise un spectacle mêlant amateurs et professionnels, une création originale qui pourrait ensuite tourner, en privilégiant Bussang pour première étape. Alors, Oppède pourrait aussi de son côté accueillir le travail réalisé à Bussang et en faire profiter les provençaux. Pourquoi ceux-ci ne seraient-ils pas aussi avides de théâtre populaire que les lorrains. Hein, pourquoi ???
Un mariage entre Pottecher et Vilar semble possible. Certes, ils sont morts tous deux. Mais nous sommes aujourd’hui au XXIème siècle. Et certains, dont Pierre Guillois, sont aujourd’hui en mesure de transposer cela dans notre époque.
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6 août 2008

Parler de soi, mais surtout de votre Scène nationale, juste quelques lignes

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:59

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Ce n’est pas la règle, cet outil n’a pas été créé pour raconter des histoires personnelles, mais voilà, aborder à nouveau ce mode de communication, alors qu’il n’a pas été activé depuis septembre 2007 et les premiers spectacles d’une saison aujourd’hui close, ne peut se faire sans expliquer les raisons d’un tel “trou”.
L’engagement de “juste quelques lignes” fait que je serai bref, et simplificateur. Donc voilà, cette saison fut assez rapidement “entâchée” d’un acte bien malveillant du maire sortant, qui avait décidé de ne pas se représenter. Cela s’appelle le coup de pied de l’âne (je laisse à chacun le soin d’aller vérifier le sens exact…) : en décembre, le conseil municipal de Cavaillon votait le budget pour l’année 2008, et sur la centaine d’associations que compte la Ville, une et une seule, la Scène nationale, bénéficiait d’un régime spécial qui voyait sa subvention amputée de 29% de son montant, soit 120 000 euros. Sachez que cette subvention n’a pas évoluée depuis 8 ans et que la non prise en compte de l’inflation a déjà entraîné pour la Scène nationale un manque à gager de 300 000 euros.
Ce qui devait être réparé avant l’élection municipale ne le fut pas (les promesses n’engagent que ceux qui les entendent, c’est connu), et ce n’est que le 30 juin que le nouveau conseil municipal a voté cette somme qui nous faisait défaut depuis plus d’un semestre, et qui aurait entraîné la liquidation de l’association dès cet été si les choses étaient restées en l’état. Et croyez moi, ces six mois ont été très éprouvants, tant le pessimisme pur était la voie la plus logique.
Et quand vous avez la bonne idée de vous casser, sur un parking verglacé, le tibia et le péroné de la jambe droite (celle qui appuie sur l’accélérateur et le frein, entre autre), la santé morale, même d’un très solide, est gravement atteinte.
Je ne rentrerai pas dans d’autres détails, nous avions décidé de ne rien médiatiser de tout cela pour ne pas gêner les discussions. La jambe est réparée, le budget est voté. Il ne reste plus qu’à finaliser la convention de 3 ans qui liera la Scène nationale à la Ville de Cavaillon et à ses trois autres principaux financeurs que sont l’Etat, la Région et le Département.
Et le blog-humeur-du-directeur reprend ses saillies dès aujourd’hui.
Merci de votre attention, et bel été.

21 septembre 2007

1024

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:14

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1024 : c’est le nombre de spectateurs ayant assisté aux représentations de la première compagnie invitée cette saison par la Scène nationale, No Tunes international. Deux spectacles, les Facteurs et les Noceurs, étaient proposés en tout pour 10 représentations, ce qui fait en moyenne un peu plus de 100 spectateurs par représentation.
Je vous entends déjà dire : que de chiffres, que de chiffres, il nous assomme. Et oui, je suis bien désolé, mais les nouvelles directives sont claires, nous devons faire du nombre, de la quantité, ce sera le nouveau (et sans doute seul) critère de calcul des subventions, du moins de celles qui subsisteront après le grand autodafé, après ce Farenheit 451 qu’on nous prépare.
Trève de plaisanterie, ou plutôt après tentative de “calmage de nerfs”, cette quinzaine fut un immense bonheur, et ceux qui n’étaient pas à Chateauneuf-de-Gadagne ce vendredi soir le regretteront, tant les échos leur parviendront longtemps. Ca part des Nomade(s) (qui ne sont possibles que parce la Région PACA et la commune accueillante le désirent, concrètement parlant si vous voyez ce que je veux dire). Et puis le partenaire naturel qu’est le Foyer rural (bravo, et merci Sylvia) se dit “je veux en être”, et décide d’installer bar, tables et chaises qui seront indispensables à la fin de soirée. Et puis c’est l’Akwaba (allez, un ban pour Laurent et son équipe) qui propose de programmer non pas un mais deux groupes musicaux bien sympas, dont Baskatine, tout aussi heureux lorsqu’il arpente la rue ou les terrasses des cafés que sur une vraie scène avec lumières, sono, et tout et tout. L’addition de telles énergies et de belles volontés, cela donne à l’arrivée tout simplement 215 spectateurs bienheureux, et une soirée pas encore terminée alors que minuit a sonné.
Bravo, si c’est ça la culture, je reviendrais. Mais on ne t’a rien demandé, toi, pourquoi tu dis que tu vas en parler au Ministère de la Culture ? De toutes les façons, ils ne te croiront pas, c’est certain, alors ne perds pas ton temps.

17 septembre 2007

Noceurs et Facteurs, résumés de la mission d’une Scène nationale ?

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 11:59

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A mi parcours de la belle tournée de la compagnie marseillaise No Tunes International, du bonheur, du bonheur, du bonheur… Les travailleurs d’un théâtre sont souvent considérés comme des noceurs potentiels, avec leurs horaires si particuliers qui allient la nécessité d’être présents aux horaires normaux de bureau, c’est à dire dès 9 heures du matin à la tâche, mais aussi en soirée, aux horaires normaux du spectacle lorsque les spectateurs potentiels sont libres de leur temps. Et pourtant, à Cavaillon comme chez beaucoup de nos confrères, les 35 heures hebdo ne sont pas un voeu, mais une réalité concrête depuis sept ans.
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C’est une belle manière de dire que noceurs, peut-être un peu, mais surtout facteurs, médiateurs dit autrement.
La première semaine de la présence de Fabrice Watelet et de sa bande nous a confirmé l’évidence d’investir ainsi l’espace public pour aller à la rencontre des “gens”, et notamment de tous ceux qui hésitent encore à franchir la porte d’un théâtre. Quatre représentations des Facteurs et deux des Noceurs (dont la sublime atmosphère du samedi matin 7 heures dans les rues du centre de Cavaillon) ont permis de rassembler presque 500 spectateurs.
Parmi ceux-ci, un encore plus heureux et motivé que les autres a été jusqu’à nous faire parvenir un gros stock de photos prises sur le vif, sur le lever de soleil évoqué plus haut, dont sont extraites celles que nous vous faisons partager ici.
Pour les Noceurs, c’est fini, mais pour les Facteurs il nous reste 4 rendez-vous : Saze, Cucuron, Robion, Chateauneuf de Gadage, dans l’ordre de mardi 18 à vendredi 21/9. Dans tous les cas, c’est à 19h, départ du centre ville (fléchage Nomades). Ca dure une heure, à la fin toujours on boit un verre, et même parfois l’on danse…
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13 septembre 2007

Spoleto, Pippo Delbono et son Ombrie

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:16

En localisant Spoleto sur la carte de l’Italie, j’ai tout de suite pensé à l’ami Yannick Jaulin, croisé avec bonheur cet été à Aurillac. C’est Yannick qui a inventé à Pougne-Hérisson l’un des festivals les plus originaux de ce pays, le Nombril du monde. Quel rapport avec Spoleto ? C’est presque aussi charmant que Pougne, mais c’est le centre parfait de l’Italie, et au coeur de la région nommée l’Ombrie. De là à penser qu’on peut réinventer des éthymologies…

Bon, on est dimanche 9 septembre, autoroute pour Lyon, puis vol Easyjet pour Rome, puis bus pour la gare de Termini, puis train pour Spoleto, quelques heures plus tard je pose le sac dans la chambre de l’Hôtel Clarici et je remets l’ordinateur en charge. Une bonne heure pour prendre la mesure d’une ville plus qu’attirante (une sorte de Gordes de plus de 40000 habitants, ça doit être gavé de touristes l’été) avant de découvrir la magnifique bonbonnière qu’est le Teatro Lirico Sperimentale di Spoleto “Adriano Belli”, également Teatro Lirico dell’Umbria.
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C’était la création (prima esecuzione assoluta) de OBRA MAESTRA, un projet jamais réalisé de Frank Zappa, une musique de Giovanni Mancuso, et un livret de Pilar Garcia. Et la vraie raison du déplacement, outre que l’opéra ne serait plus visible cette saison, c’est que pour la première fois, Pippo Delbono s’attaquait à un genre artistique encore inconnu de lui. Et le rêve était à la hauteur de la réalité. Une dizaine de musiciens interprétant une partition à la fois contemporaine mais agréable à l’oreille, trois belles soprano et un ténor, et un récitant omniprésent, occupant le plateau, les allées, les corbeilles, courant, vociférant, éructant, caressant, tout l’étalage du talent de Pippo. Déchirant tous les codes, il assome, il assassine.
Pippo est assisté ici comme à son habitude depuis le début de la compagnie par le discret Pepe Robledo, Bobo est assis, bien sage, parmi l’assistance, sans doute séduit comme à son habitude par les trois belles cantatrices. Le public, plutôt jeune ce qui peut surprendre le spectateur français qui connaît bien l’âge moyen des matinées dominicales dans son pays, est étonnant de curiosité, et savoure, complice, le bonheur que lui propose Pippo.

On ne peut s’empêcher de se demander quelle aurait été la réaction de l’abonné moyen de l’Opéra d’Avignon à un tel vent de folie. Pour connaître la réponse, le plus simple serait de lui faire partager cela. Et si on se mettait à rêver d’une production en France de cette création, comme Pippo le désire ? Frank Zappa aurait aujourd’hui presque 67 ans. Et le 4 décembre 2008, il y aura 15 ans que ce génial inventeur de notes est mort.

Je prends une option ?

Saint-Jean de Védas

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 22:45

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Samedi 8 septembre était l’occasion de découvrir Sortie de rue, un Festival né en 2006 à la périphérie de Montpellier, à Saint-Jean de Védas. La programmation est signée Jean-Marie Songy, un cumulard déjà coupable des plaisirs d’Aurillac, de Chalons-en-Champagne (Furies) et, pour cette année, de la Nuit blanche à Paris (notez, c’est le samedi 6 octobre, et ce week end là, il ne se passe rien à la Scène nationale : pour laisser le directeur aller tranquille à Paris ?).
Evidemment, on trouve des passerelles avec les autres lieux de crime du Songy, mais c’était aussi l’occasion de découvrir certaines propositions artistiques qu’il n’avait pas été possible de goûter ailleurs en raison des bouchonnages de calendrier.
J’attendais sereinement L’enterrement de Maman de Cacahuète, je ne fus pas déçu, ils vont vraiment dingues, au bout de la provoc’ et au fond de ce mauvais goût qu’ils revendiquent ouvertement. La totale ! Mais les charmantes ruelles de Saint-Jean de Védas, souvent très étroites, empêchaient de tout suivre. J’ai décroché aux 3/4, mais le message était passé. Merci.
Un autre objectif du déplacement était la compagnie du Gard Lackaal Duckric, tant leur concept « louez votre comédien » est attirant, et la rumeur n’avait fait qu’enfler le désir. Bénédicte m’avait préparé sur mesure un petit parcours (l’avantage du pro…) que j’ai ensuite pu enrichir. C’est simple, vous vous inscrivez le matin, vous choisissez un personnage (le frère dont vous avez rêvé, une soeur de luxe, une ado à recadrer…) et on vous fixe un rendez-vous à la banque d’accueil à un horaire précis au cours de l’après-midi. Une galerie de 26 personnages, interprétés par 13 comédiens. J’ai eu droit à une mère branchée (d’origine italienne, elle voulait surtout me parler de son nouveau petit ami âgé de 24 ans), à une épouse aimante (non, je ne vous raconterai pas, mais elle a tenté comme elle pouvait de sauver notre couple, en vain), à un ami d’enfance (qui voulait que je cautionne moralement son choix de boucler son budget de projet immobilier en vendant un rein, un poumon de sa femme, et je ne sais plus quoi de ses enfants), et enfin un frère dans la mouise parce qu’il avait eu la drôle d’idée de se vendre sur e-bay pour pouvoir acheter un célèbre acteur américain… Chaque scène dure 10 minutes (compteur agrafé sur le vêtement de l’acteur), c’est vraiment bien écrit, politique comme le théâtre doit l’être, et le public est très enthousiaste. Et il a très très raison. Ca s’appelle Ego-center. En Vaucluse prochainement ?
Ensuite, on retiendra les deux propositions de Dynamogène, sympathiques et bien faites, et le soir, la Compagnie Off sortait ses girafes, ses chanteurs lyriques et ses artifices. Le type même de grand spectacle qui emballe très vite un public, qui était venu en grand nombre (10000 ? 15000 ?) malgré la concurrence du foot (France Italie, 0-0, il n’y avait aucune hésitation) à la télé.

Mais qui est ce public, ce peuple, cette population de Saint-Jean de Védas, à la périphérie immédiate de Montpellier, on peut même y venir en tram ? Montpellier, c’est une ville jeune, très familiale. Il était impossible de compter le nombre de mamans trentenaires avec poussettes. Et j’eus comme une révélation, un déclic. Mais le mal est-il encore soignable ? Oui, je sais, je vais passer pour un vieux con, quoique. Mais tant pis, je le dis : je n’ai pas compté les poussettes, mais ce que je sais, c’est qu’elles étaient toutes occupées. Par des tout petits, certes, mais aussi par des bien plus grands, genre 6 ou 7 ans. Et à cet âge là, normalement on sait marcher. Et au cours de la traversée de la Grand rue, à un moment est arrivé un adulte sur une chaise roulante, au milieu des poussettes. Et là, je me suis dit que tous ces parents pensaient sans doute que leur enfant était handicapé. Et si ce n’est pas encore vrai, cela va le devenir très vite. C’est une dramatique certitude. Sauf pour les fabricants d’ascenseurs, d’escaliers mécanisés dans les gares, de tapis roulants dans les aéroports, de valises à roulettes (même toute petites), de sièges dans le métro. Sauf pour les promoteurs de la génération canapé devant la télé-régie-publicitaire.

Allez, ressaisissons-nous, c’est quand déjà qu’on a inventé la station debout pour les humains ? C’était pas une bonne idée ? Comme les congés payés, comme les 35 heures ?

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