l’humeur du directeur

16 août 2008

POUGNE HERISSON première impression

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 14:45

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On le sait, dans une certaine région, les cigales font un bruit infernal, l’été quelques parisiens peuvent même s’en plaindre. Ici, à Pougne-Hérisson dans les Deux-Sèvres, on n’entend que les grenouilles. Si Yannick Jaulin veut un jour écrire en fable une de ses histoires de la vie (ce qu’il a fait cette année avec Terrien, les spectateurs de Cavaillon pourront le vivre en janvier 2009), cela pourrait s’appeler la cigale et la grenouille. Cela dit, à Pougne, il y a bien une fourmilière, c’est le public. Hier soir, parmi les rencontres pas prévues, mais pas si inattendues que ça : Isa-brune, qui nous accueille si chaleureusement toute l’année au Théâtre des Doms à Avignon, et Cathy Deville, du marseillais Théâtre de Cuisine, qui était d’accord avec moi pour reconnaître que la route était bien longue (une dizaine d’heures), et qu’il fallait vraiment le désirer, ce festival. Mais voir le Nombril du monde, cela ne se discute même pas.
Quelques heures après mon arrivée tardive, j’avais déjà mesuré tout autant le froid et l’humidité que la chaleur d’un public venu en nombre incroyable savourer un festival dont les animateurs poussent la coquetterie (ou l’orgueil ? en tout cas, c’est très fort !) jusqu’à ne pas annoncer le programme à l’avance : vous le trouvez à l’entrée, après vous être procuré votre billet d’entrée.
Au menu pour moi des deux jours restants, des artistes qu’on aime et que Vaucluse connaît ou accueillera bientôt : outre Yannick Jaulin, ici sous toutes ses facettes, Opéra Pagaï (qui sera en mai 2009 au Thor avec son Safari intime) qui va donner l’un des tout premiers spectacles de la compagnie, Les mélomaniaques, Sébastien Barrier, venu jouer encore et encore son Ronan Tablantec, un spectacle-boniment que nous allons user encore un peu plus en septembre dans les Nomade(s), Emma la clown (ici en conférence avec Catherine Dolto, inratable), et un autre exporté de Provence, Claude Gudin, pataphysicien, poète surréaliste, qui est déterminé à faire partager à ce public gourmand l’état et les états de ses poils. Et il n’est jamais venu à Cavaillon celui-là ? Bizarre.

7 août 2008

Bussang ne saurait mentir

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 0:47

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Bussang. Vosges. Si vous venez de Paris, il faut prendre d’abord le train pour Remiremont (compter 2h1/2), et ensuite l’autocar qui parcourt en une heure les 35 km de la ligne ferroviaire, démontée il y a 20 ans, transformée depuis peu en une sublime voie verte, offerte aux cyclistes et aux promeneurs (on peut louer un vélo chez Francis Couval / Rosalies, près de l’ancienne gare, très bon accueil).
Aujourd’hui le village compte 1800 habitants. Ils furent près de 3000 au passage du XXè siècle. Mais voilà, terminé le tourisme thermal, arrêtées les mines, fermées les usines textiles. Il reste bien la forêt et de là, une menuiserie, qui paraît-il travaille entre autre pour l’industrie nucléaire. Et finalement, on comprend assez vite que l’une des principales sources de (sur)vie du village est le théâtre, le Théâtre du Peuple.
L’histoire est forte, elle est même unique, faisant de son fondateur Maurice Pottecher le précurseur de Firmin Gémier et Jean Vilar en matière de théâtre populaire. Et 113 ans après son invention, le Théâtre du Peuple est toujours aussi vivant, malgré deux guerres ayant interrompu son activité, et quelques directions artistiques ayant failli l’éloigner de sa vocation originelle.
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C’est l’auteur et metteur en scène Pierre Guillois qui le dirige depuis bientôt 3 ans, et qui semble lui avoir déjà redonné sa tradition, tout en maintenant l’idée de création contemporaine. C’est évidemment le bon choix. Ubu Roi il y a deux ans, les Affreuses (qu’il écrit spécialement pour l’occasion) l’an passé. Et cette année, Le Ravissement d’Adèle, une commande à Rémi De Vos, écrit sur mesure pour la traditionnelle contrainte du spectacle de l’après midi : quelques professionnels joints à une grande troupe d’amateurs parmi lesquels, c’est obligatoire, des enfants. Et pour les soirées d’août, un cabaret rêvé par le maître des lieux, réunissant trois collectifs « remarquables » chez les créateurs français d’aujourd’hui : Octavio, maîtres du burlesques et descendants directs du Magic Circus, Les Possédés, la compagnie dirigée par Rodolphe Dana que tous les théâtres s’arrachent depuis sa magistrale mise en scène du Dernier remord avant l’oubli de Jean-Luc Lagarce, et Cheptel Aleïkoum, un collectif de musiciens et de circassiens, eux-mêmes émanation d’une dizaine de compagnies, installé depuis plusieurs années dans l’un des plus petits villages en France ayant fait le choix d’accueillir des artistes en résidence à l’année, Saint-Agil, Loir-et-Cher, 180 habitants, mais une adjointe à la culture hors norme et très compétente : Karine Gloanec-Maurin, qui fut entre autre la conseillère spéciale de Michel Sapin alors qu’il était président de la Région Centre.
La jauge de l’après midi est à 850 places, celle du soir un peu moins importante du fait du dispositif en forme de cabaret. Les bancs sont en bois, comme le reste du bâtiment, ce qui fait que lorsque vous croisez quelqu’un dans la rue (j’écris ici la rue, car il n’y en a qu’une à Bussang), il est totalement normal qu’il ait un coussin sous le bras. Compte tenu du fait qu’on joue quasiment tous les jours de l’été deux représentations, cela permet d’accueillir en deux mois 25000 spectateurs, plus qu’en une saison entière à Cavaillon. Quelle histoire !
Et pour quel public ? Celui dont on rêve tous dans « nos » théâtres. Des jeunes, des vieux, des qui ne vont jamais au théâtre, des habitués mais pas tant, des qui sont là pour passer un vrai bon moment, et qui en redemandent, autant de femmes que d’hommes (ce qui est devenu très rare), des qui arrivent en avance pour être bien placés, des qui ne partent que très tard parce que c’est bien de boire des coups et d’échanger entre amis ce que l’on vient de vivre avec tant de bonheur.
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Cherchez l’erreur ! Le jour de mon arrivée, je ne fus même pas surpris de rencontrer en fin de matinée, dans la rue (encore elle) de Bussang un promeneur heureux et détendu, en compagnie de sa femme. C’était Bernard Faivre-d’Arcier, qui a dirigé pendant de nombreuses années le Festival d’Avignon. Non, ce n’est pas une erreur, c’est normal, il en est qui connaissent l’histoire.
Il y avait donc, aussi, un directeur de Scène nationale, qui rêverait de créer un jumelage avec le Théâtre du Peuple de Bussang. Pour plein de raisons :
1. Il aurait trouvé très bien d’appeler le Théâtre de Cavaillon ainsi, Théâtre du Peuple, mais… c’était déjà pris !
2. Le travail associant amateurs et professionnels est, depuis 7 ans et la réalisation du spectacle Embouteillage avec Anne-Laure Liégeois, devenu une de nos spécialités. Souvenez-vous Fairy Queen avec Ludovic Lagarde, le cœur de Enrico V avec Pippo Delbono au Festival d’Avignon en 2005, Les Feuillets d’Hypnos dans la Cour d’honneur en 2007, les hallebardiers de Jésus de Marseille avec Valletti et Mazzuchini au printemps dernier…
3. Il est des traditions locales encore fortes et bien vivantes, notamment le travail développé autour de Rasteau et Beaumes-de-Venise par la bande de Vincent Siano, et ce stage qui se déroule chaque été à Valréas grâce au Théâtre du Rond-Point, et qui constitue une référence historique du lien étroit qui existe entre développement culturel et éducation populaire.
4. Le village d’Oppède, qui accueille amicalement les Nomade(s) depuis toujours et qui compte en gros autant d’habitants que Bussang, a construit en 2007 une salle des fêtes qui présente un très important point commun avec le Théâtre du Peuple : le fond de scène s’ouvre sur la nature…
Alors, on peut rêver, non ? Et si chaque année, la Scène nationale réunissait les conditions pour qu’en Vaucluse se réalise un spectacle mêlant amateurs et professionnels, une création originale qui pourrait ensuite tourner, en privilégiant Bussang pour première étape. Alors, Oppède pourrait aussi de son côté accueillir le travail réalisé à Bussang et en faire profiter les provençaux. Pourquoi ceux-ci ne seraient-ils pas aussi avides de théâtre populaire que les lorrains. Hein, pourquoi ???
Un mariage entre Pottecher et Vilar semble possible. Certes, ils sont morts tous deux. Mais nous sommes aujourd’hui au XXIème siècle. Et certains, dont Pierre Guillois, sont aujourd’hui en mesure de transposer cela dans notre époque.
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6 août 2008

Parler de soi, mais surtout de votre Scène nationale, juste quelques lignes

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:59

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Ce n’est pas la règle, cet outil n’a pas été créé pour raconter des histoires personnelles, mais voilà, aborder à nouveau ce mode de communication, alors qu’il n’a pas été activé depuis septembre 2007 et les premiers spectacles d’une saison aujourd’hui close, ne peut se faire sans expliquer les raisons d’un tel “trou”.
L’engagement de “juste quelques lignes” fait que je serai bref, et simplificateur. Donc voilà, cette saison fut assez rapidement “entâchée” d’un acte bien malveillant du maire sortant, qui avait décidé de ne pas se représenter. Cela s’appelle le coup de pied de l’âne (je laisse à chacun le soin d’aller vérifier le sens exact…) : en décembre, le conseil municipal de Cavaillon votait le budget pour l’année 2008, et sur la centaine d’associations que compte la Ville, une et une seule, la Scène nationale, bénéficiait d’un régime spécial qui voyait sa subvention amputée de 29% de son montant, soit 120 000 euros. Sachez que cette subvention n’a pas évoluée depuis 8 ans et que la non prise en compte de l’inflation a déjà entraîné pour la Scène nationale un manque à gager de 300 000 euros.
Ce qui devait être réparé avant l’élection municipale ne le fut pas (les promesses n’engagent que ceux qui les entendent, c’est connu), et ce n’est que le 30 juin que le nouveau conseil municipal a voté cette somme qui nous faisait défaut depuis plus d’un semestre, et qui aurait entraîné la liquidation de l’association dès cet été si les choses étaient restées en l’état. Et croyez moi, ces six mois ont été très éprouvants, tant le pessimisme pur était la voie la plus logique.
Et quand vous avez la bonne idée de vous casser, sur un parking verglacé, le tibia et le péroné de la jambe droite (celle qui appuie sur l’accélérateur et le frein, entre autre), la santé morale, même d’un très solide, est gravement atteinte.
Je ne rentrerai pas dans d’autres détails, nous avions décidé de ne rien médiatiser de tout cela pour ne pas gêner les discussions. La jambe est réparée, le budget est voté. Il ne reste plus qu’à finaliser la convention de 3 ans qui liera la Scène nationale à la Ville de Cavaillon et à ses trois autres principaux financeurs que sont l’Etat, la Région et le Département.
Et le blog-humeur-du-directeur reprend ses saillies dès aujourd’hui.
Merci de votre attention, et bel été.

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