l’humeur du directeur

21 septembre 2007

1024

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:14

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1024 : c’est le nombre de spectateurs ayant assisté aux représentations de la première compagnie invitée cette saison par la Scène nationale, No Tunes international. Deux spectacles, les Facteurs et les Noceurs, étaient proposés en tout pour 10 représentations, ce qui fait en moyenne un peu plus de 100 spectateurs par représentation.
Je vous entends déjà dire : que de chiffres, que de chiffres, il nous assomme. Et oui, je suis bien désolé, mais les nouvelles directives sont claires, nous devons faire du nombre, de la quantité, ce sera le nouveau (et sans doute seul) critère de calcul des subventions, du moins de celles qui subsisteront après le grand autodafé, après ce Farenheit 451 qu’on nous prépare.
Trève de plaisanterie, ou plutôt après tentative de “calmage de nerfs”, cette quinzaine fut un immense bonheur, et ceux qui n’étaient pas à Chateauneuf-de-Gadagne ce vendredi soir le regretteront, tant les échos leur parviendront longtemps. Ca part des Nomade(s) (qui ne sont possibles que parce la Région PACA et la commune accueillante le désirent, concrètement parlant si vous voyez ce que je veux dire). Et puis le partenaire naturel qu’est le Foyer rural (bravo, et merci Sylvia) se dit “je veux en être”, et décide d’installer bar, tables et chaises qui seront indispensables à la fin de soirée. Et puis c’est l’Akwaba (allez, un ban pour Laurent et son équipe) qui propose de programmer non pas un mais deux groupes musicaux bien sympas, dont Baskatine, tout aussi heureux lorsqu’il arpente la rue ou les terrasses des cafés que sur une vraie scène avec lumières, sono, et tout et tout. L’addition de telles énergies et de belles volontés, cela donne à l’arrivée tout simplement 215 spectateurs bienheureux, et une soirée pas encore terminée alors que minuit a sonné.
Bravo, si c’est ça la culture, je reviendrais. Mais on ne t’a rien demandé, toi, pourquoi tu dis que tu vas en parler au Ministère de la Culture ? De toutes les façons, ils ne te croiront pas, c’est certain, alors ne perds pas ton temps.

17 septembre 2007

Noceurs et Facteurs, résumés de la mission d’une Scène nationale ?

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 11:59

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A mi parcours de la belle tournée de la compagnie marseillaise No Tunes International, du bonheur, du bonheur, du bonheur… Les travailleurs d’un théâtre sont souvent considérés comme des noceurs potentiels, avec leurs horaires si particuliers qui allient la nécessité d’être présents aux horaires normaux de bureau, c’est à dire dès 9 heures du matin à la tâche, mais aussi en soirée, aux horaires normaux du spectacle lorsque les spectateurs potentiels sont libres de leur temps. Et pourtant, à Cavaillon comme chez beaucoup de nos confrères, les 35 heures hebdo ne sont pas un voeu, mais une réalité concrête depuis sept ans.
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C’est une belle manière de dire que noceurs, peut-être un peu, mais surtout facteurs, médiateurs dit autrement.
La première semaine de la présence de Fabrice Watelet et de sa bande nous a confirmé l’évidence d’investir ainsi l’espace public pour aller à la rencontre des “gens”, et notamment de tous ceux qui hésitent encore à franchir la porte d’un théâtre. Quatre représentations des Facteurs et deux des Noceurs (dont la sublime atmosphère du samedi matin 7 heures dans les rues du centre de Cavaillon) ont permis de rassembler presque 500 spectateurs.
Parmi ceux-ci, un encore plus heureux et motivé que les autres a été jusqu’à nous faire parvenir un gros stock de photos prises sur le vif, sur le lever de soleil évoqué plus haut, dont sont extraites celles que nous vous faisons partager ici.
Pour les Noceurs, c’est fini, mais pour les Facteurs il nous reste 4 rendez-vous : Saze, Cucuron, Robion, Chateauneuf de Gadage, dans l’ordre de mardi 18 à vendredi 21/9. Dans tous les cas, c’est à 19h, départ du centre ville (fléchage Nomades). Ca dure une heure, à la fin toujours on boit un verre, et même parfois l’on danse…
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13 septembre 2007

Spoleto, Pippo Delbono et son Ombrie

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 23:16

En localisant Spoleto sur la carte de l’Italie, j’ai tout de suite pensé à l’ami Yannick Jaulin, croisé avec bonheur cet été à Aurillac. C’est Yannick qui a inventé à Pougne-Hérisson l’un des festivals les plus originaux de ce pays, le Nombril du monde. Quel rapport avec Spoleto ? C’est presque aussi charmant que Pougne, mais c’est le centre parfait de l’Italie, et au coeur de la région nommée l’Ombrie. De là à penser qu’on peut réinventer des éthymologies…

Bon, on est dimanche 9 septembre, autoroute pour Lyon, puis vol Easyjet pour Rome, puis bus pour la gare de Termini, puis train pour Spoleto, quelques heures plus tard je pose le sac dans la chambre de l’Hôtel Clarici et je remets l’ordinateur en charge. Une bonne heure pour prendre la mesure d’une ville plus qu’attirante (une sorte de Gordes de plus de 40000 habitants, ça doit être gavé de touristes l’été) avant de découvrir la magnifique bonbonnière qu’est le Teatro Lirico Sperimentale di Spoleto “Adriano Belli”, également Teatro Lirico dell’Umbria.
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C’était la création (prima esecuzione assoluta) de OBRA MAESTRA, un projet jamais réalisé de Frank Zappa, une musique de Giovanni Mancuso, et un livret de Pilar Garcia. Et la vraie raison du déplacement, outre que l’opéra ne serait plus visible cette saison, c’est que pour la première fois, Pippo Delbono s’attaquait à un genre artistique encore inconnu de lui. Et le rêve était à la hauteur de la réalité. Une dizaine de musiciens interprétant une partition à la fois contemporaine mais agréable à l’oreille, trois belles soprano et un ténor, et un récitant omniprésent, occupant le plateau, les allées, les corbeilles, courant, vociférant, éructant, caressant, tout l’étalage du talent de Pippo. Déchirant tous les codes, il assome, il assassine.
Pippo est assisté ici comme à son habitude depuis le début de la compagnie par le discret Pepe Robledo, Bobo est assis, bien sage, parmi l’assistance, sans doute séduit comme à son habitude par les trois belles cantatrices. Le public, plutôt jeune ce qui peut surprendre le spectateur français qui connaît bien l’âge moyen des matinées dominicales dans son pays, est étonnant de curiosité, et savoure, complice, le bonheur que lui propose Pippo.

On ne peut s’empêcher de se demander quelle aurait été la réaction de l’abonné moyen de l’Opéra d’Avignon à un tel vent de folie. Pour connaître la réponse, le plus simple serait de lui faire partager cela. Et si on se mettait à rêver d’une production en France de cette création, comme Pippo le désire ? Frank Zappa aurait aujourd’hui presque 67 ans. Et le 4 décembre 2008, il y aura 15 ans que ce génial inventeur de notes est mort.

Je prends une option ?

Saint-Jean de Védas

Classé dans : Blogoliste — humeurdudirecteur @ 22:45

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Samedi 8 septembre était l’occasion de découvrir Sortie de rue, un Festival né en 2006 à la périphérie de Montpellier, à Saint-Jean de Védas. La programmation est signée Jean-Marie Songy, un cumulard déjà coupable des plaisirs d’Aurillac, de Chalons-en-Champagne (Furies) et, pour cette année, de la Nuit blanche à Paris (notez, c’est le samedi 6 octobre, et ce week end là, il ne se passe rien à la Scène nationale : pour laisser le directeur aller tranquille à Paris ?).
Evidemment, on trouve des passerelles avec les autres lieux de crime du Songy, mais c’était aussi l’occasion de découvrir certaines propositions artistiques qu’il n’avait pas été possible de goûter ailleurs en raison des bouchonnages de calendrier.
J’attendais sereinement L’enterrement de Maman de Cacahuète, je ne fus pas déçu, ils vont vraiment dingues, au bout de la provoc’ et au fond de ce mauvais goût qu’ils revendiquent ouvertement. La totale ! Mais les charmantes ruelles de Saint-Jean de Védas, souvent très étroites, empêchaient de tout suivre. J’ai décroché aux 3/4, mais le message était passé. Merci.
Un autre objectif du déplacement était la compagnie du Gard Lackaal Duckric, tant leur concept « louez votre comédien » est attirant, et la rumeur n’avait fait qu’enfler le désir. Bénédicte m’avait préparé sur mesure un petit parcours (l’avantage du pro…) que j’ai ensuite pu enrichir. C’est simple, vous vous inscrivez le matin, vous choisissez un personnage (le frère dont vous avez rêvé, une soeur de luxe, une ado à recadrer…) et on vous fixe un rendez-vous à la banque d’accueil à un horaire précis au cours de l’après-midi. Une galerie de 26 personnages, interprétés par 13 comédiens. J’ai eu droit à une mère branchée (d’origine italienne, elle voulait surtout me parler de son nouveau petit ami âgé de 24 ans), à une épouse aimante (non, je ne vous raconterai pas, mais elle a tenté comme elle pouvait de sauver notre couple, en vain), à un ami d’enfance (qui voulait que je cautionne moralement son choix de boucler son budget de projet immobilier en vendant un rein, un poumon de sa femme, et je ne sais plus quoi de ses enfants), et enfin un frère dans la mouise parce qu’il avait eu la drôle d’idée de se vendre sur e-bay pour pouvoir acheter un célèbre acteur américain… Chaque scène dure 10 minutes (compteur agrafé sur le vêtement de l’acteur), c’est vraiment bien écrit, politique comme le théâtre doit l’être, et le public est très enthousiaste. Et il a très très raison. Ca s’appelle Ego-center. En Vaucluse prochainement ?
Ensuite, on retiendra les deux propositions de Dynamogène, sympathiques et bien faites, et le soir, la Compagnie Off sortait ses girafes, ses chanteurs lyriques et ses artifices. Le type même de grand spectacle qui emballe très vite un public, qui était venu en grand nombre (10000 ? 15000 ?) malgré la concurrence du foot (France Italie, 0-0, il n’y avait aucune hésitation) à la télé.

Mais qui est ce public, ce peuple, cette population de Saint-Jean de Védas, à la périphérie immédiate de Montpellier, on peut même y venir en tram ? Montpellier, c’est une ville jeune, très familiale. Il était impossible de compter le nombre de mamans trentenaires avec poussettes. Et j’eus comme une révélation, un déclic. Mais le mal est-il encore soignable ? Oui, je sais, je vais passer pour un vieux con, quoique. Mais tant pis, je le dis : je n’ai pas compté les poussettes, mais ce que je sais, c’est qu’elles étaient toutes occupées. Par des tout petits, certes, mais aussi par des bien plus grands, genre 6 ou 7 ans. Et à cet âge là, normalement on sait marcher. Et au cours de la traversée de la Grand rue, à un moment est arrivé un adulte sur une chaise roulante, au milieu des poussettes. Et là, je me suis dit que tous ces parents pensaient sans doute que leur enfant était handicapé. Et si ce n’est pas encore vrai, cela va le devenir très vite. C’est une dramatique certitude. Sauf pour les fabricants d’ascenseurs, d’escaliers mécanisés dans les gares, de tapis roulants dans les aéroports, de valises à roulettes (même toute petites), de sièges dans le métro. Sauf pour les promoteurs de la génération canapé devant la télé-régie-publicitaire.

Allez, ressaisissons-nous, c’est quand déjà qu’on a inventé la station debout pour les humains ? C’était pas une bonne idée ? Comme les congés payés, comme les 35 heures ?

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