
Samedi 8 septembre était l’occasion de découvrir Sortie de rue, un Festival né en 2006 à la périphérie de Montpellier, à Saint-Jean de Védas. La programmation est signée Jean-Marie Songy, un cumulard déjà coupable des plaisirs d’Aurillac, de Chalons-en-Champagne (Furies) et, pour cette année, de la Nuit blanche à Paris (notez, c’est le samedi 6 octobre, et ce week end là, il ne se passe rien à la Scène nationale : pour laisser le directeur aller tranquille à Paris ?).
Evidemment, on trouve des passerelles avec les autres lieux de crime du Songy, mais c’était aussi l’occasion de découvrir certaines propositions artistiques qu’il n’avait pas été possible de goûter ailleurs en raison des bouchonnages de calendrier.
J’attendais sereinement L’enterrement de Maman de Cacahuète, je ne fus pas déçu, ils vont vraiment dingues, au bout de la provoc’ et au fond de ce mauvais goût qu’ils revendiquent ouvertement. La totale ! Mais les charmantes ruelles de Saint-Jean de Védas, souvent très étroites, empêchaient de tout suivre. J’ai décroché aux 3/4, mais le message était passé. Merci.
Un autre objectif du déplacement était la compagnie du Gard Lackaal Duckric, tant leur concept « louez votre comédien » est attirant, et la rumeur n’avait fait qu’enfler le désir. Bénédicte m’avait préparé sur mesure un petit parcours (l’avantage du pro…) que j’ai ensuite pu enrichir. C’est simple, vous vous inscrivez le matin, vous choisissez un personnage (le frère dont vous avez rêvé, une soeur de luxe, une ado à recadrer…) et on vous fixe un rendez-vous à la banque d’accueil à un horaire précis au cours de l’après-midi. Une galerie de 26 personnages, interprétés par 13 comédiens. J’ai eu droit à une mère branchée (d’origine italienne, elle voulait surtout me parler de son nouveau petit ami âgé de 24 ans), à une épouse aimante (non, je ne vous raconterai pas, mais elle a tenté comme elle pouvait de sauver notre couple, en vain), à un ami d’enfance (qui voulait que je cautionne moralement son choix de boucler son budget de projet immobilier en vendant un rein, un poumon de sa femme, et je ne sais plus quoi de ses enfants), et enfin un frère dans la mouise parce qu’il avait eu la drôle d’idée de se vendre sur e-bay pour pouvoir acheter un célèbre acteur américain… Chaque scène dure 10 minutes (compteur agrafé sur le vêtement de l’acteur), c’est vraiment bien écrit, politique comme le théâtre doit l’être, et le public est très enthousiaste. Et il a très très raison. Ca s’appelle Ego-center. En Vaucluse prochainement ?
Ensuite, on retiendra les deux propositions de Dynamogène, sympathiques et bien faites, et le soir, la Compagnie Off sortait ses girafes, ses chanteurs lyriques et ses artifices. Le type même de grand spectacle qui emballe très vite un public, qui était venu en grand nombre (10000 ? 15000 ?) malgré la concurrence du foot (France Italie, 0-0, il n’y avait aucune hésitation) à la télé.
Mais qui est ce public, ce peuple, cette population de Saint-Jean de Védas, à la périphérie immédiate de Montpellier, on peut même y venir en tram ? Montpellier, c’est une ville jeune, très familiale. Il était impossible de compter le nombre de mamans trentenaires avec poussettes. Et j’eus comme une révélation, un déclic. Mais le mal est-il encore soignable ? Oui, je sais, je vais passer pour un vieux con, quoique. Mais tant pis, je le dis : je n’ai pas compté les poussettes, mais ce que je sais, c’est qu’elles étaient toutes occupées. Par des tout petits, certes, mais aussi par des bien plus grands, genre 6 ou 7 ans. Et à cet âge là, normalement on sait marcher. Et au cours de la traversée de la Grand rue, à un moment est arrivé un adulte sur une chaise roulante, au milieu des poussettes. Et là, je me suis dit que tous ces parents pensaient sans doute que leur enfant était handicapé. Et si ce n’est pas encore vrai, cela va le devenir très vite. C’est une dramatique certitude. Sauf pour les fabricants d’ascenseurs, d’escaliers mécanisés dans les gares, de tapis roulants dans les aéroports, de valises à roulettes (même toute petites), de sièges dans le métro. Sauf pour les promoteurs de la génération canapé devant la télé-régie-publicitaire.
Allez, ressaisissons-nous, c’est quand déjà qu’on a inventé la station debout pour les humains ? C’était pas une bonne idée ? Comme les congés payés, comme les 35 heures ?