L’idée de former le Groupe Miroir est venue en 2006 de spectateurs se croisant et discutant lors de différentes présentations qu’organise la direction du Festival d’Avignon.
L’envie d’échanger ses impressions sur les spectacles était l’objectif commun. Il a donc été décidé de rendre compte de nos expériences par écrit, à l’oral ou encore en s’exprimant par la peinture.
Nous avons appelé ces productions des « ressentis », car il ne s’agit pas de s’ériger en critique de théâtre, mais de faire part de nos impressions sur les spectacles. Pour ce faire, nous avons également décidé de voir certains spectacles en groupe et d’échanger nos impressions à chaud.
Au bout de sa première année d’expérience, le Groupe Miroir a pu donner à la direction du Festival une compilation des ressentis. Nous renouvellerons cette expérience lors de la 62° édition du Festival.
Parmi le Groupe Miroir se trouvent des membres qui désirent aller un peu plus loin, car ils fréquentent aussi « La scène nationale de Cavaillon » Il a donc été décidé avec le soutien de « La scène nationale » de proposer ce projet au plus grand nombre sous forme de blog.
Ce blog servira d’intermédiaire à cette mise en œuvre en espérant constituer un « Groupe Miroir Cavaillon » aussi dynamique et assidu que celui d’Avignon.
Le Groupe Miroir Cavaillon
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Nous profitons de l’ouverture de ce blog pour publier quatre “ressentis” transmis par Michel Andersson à propos de spectacles présentés récemment à la Scène nationale :
Les vivants et les morts
Gérard Mordillat / Julien Bouffier

Le consommateur se réjouit d’accéder à des produits dont les prix défient toute concurrence ; mais qui se soucie du revers de la médaille ? Savons-nous que derrière toutes ces marques, se dissimulent souvent des multinationales, elles mêmes propriétés de fonds d’investissement? Ces “private equities”, à la recherche d’ opportunités de profits effectuent des «rationalisations » qui se résument en recettes désormais connues : réduire l’emploi, comprimer les salaires, augmenter la productivité et, lorsque celles-ci ne sont pas suffisantes, délocaliser dans des pays à bas coûts. Ce schéma est souvent appliqué sans faiblesse. Nous en avons encore l’illustration avec la décision d’Arcelor-Mittal de fermer son site d’Abondange. Six cent personnes dont l’avenir est devenu incertain. Le sujet traité par « Les vivants et les morts » est donc d’une sinistre actualité.
Car, c’est cette chaîne de « rationalisation» dans une moyenne entreprise qui est mise en scène. Elle est abordée sur trois plans : le collectif avec les réactions du personnel, l’individuel avec quelques personnages suivies dans leur intimité et la direction. Il y a donc de la matière, beaucoup de situations dramatiques et des moments tendus malgré une évolution prévisible car nous avons désormais l’habitude de ces scénarios. Nous savons que les acteurs jouent une partition dont la musique est écrite par les financiers dans l’intérêt des actionnaires, le travailleur n’étant estimé qu’en termes de coûts.
La pièce, en abordant un sujet social, veut dépoussiérer le théâtre militant de naguère en lui donnant une dimension de divertissement. L’utilisation de technologies nouvelles, audio et vidéo, une scénographie moderne avec des jeux de lumière particulièrement bien travaillés, de la musique « live », souvent rock et techno, tout est mis en œuvre pour nous faire entrer dans une proposition résolument adaptée à notre temps. Malheureusement, beaucoup de maladresses, des longueurs, des côtés « soap opéra » tombant parfois dans le ridicule, empêchent ce spectacle d’être pris au sérieux. A vouloir trop en faire, il dérape et perd de son intérêt. La musique en toile de fond devient au bout d’un moment agaçante quand elle ne couvre pas le discours ; la vidéo lors des scènes intimes ou de certains monologues neutralise toute la richesse du jeu des comédiens. Trop de vidéo, tue la vidéo. L’aménagement de plages calmes par un jeu simple nous aurait reposé. Remettre une petite dose de « classique » apporterait de l’intensité aux scènes intimistes et validerait certainement la proposition. L’idée était bonne, mais elle n’atteint pas sa maturité par la volonté de trop en faire.
lundi 31 mars 2008
Michel Andersson
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Cet enfant
Joël Pommerat

« Cette chanson douce que me chantait ma maman… », tout le monde connaît ces paroles et la mélodie qui lui est liée. Dans « Cet enfant », elle constitue le premier morceau de musique interprété et repris avec une sorte de dérision par les acteurs-musiciens, comme si Joël Pommerat avait construit les dix scènes qui composent son spectacle en contrepoint du monde idéal que la chanson suggère.
Car ce ne sont pas des familles modèles que nous voyons défiler sous nos yeux. On cherche en vain la chanson douce. En permanence, nous côtoyons des cris de détresse, des enfants maudits, déformés par la dureté de l’existence, où les remords, les rancœurs, le cynisme cachent un profond besoin d’amour, le besoin d’une reconquête du monde idéal de l’enfance de carte postale que la chanson nous dépeint. Un monde que Joël Pommerat n’a pas rencontré chez les mères dont il a recueilli les témoignages. Une sorte d’idéal trahit.
Chacune des dix courtes scènes entrecoupées de musique est en-soi un drame où opère la magie du metteur en scène. Le plateau est nu, bordé de noir, aucun accessoire n’est là pour formater notre interprétation. Tout est mis en œuvre pour nous concentrer sur le texte : la qualité et la précision du jeu des comédiens dont la moindre inflexion de voix acquière immédiatement un sens ; les éclairages, la musique et le son, tous ces accessoires que Pommerat maîtrise parfaitement. Et puis, il y a le texte, d’une écriture précise, facile en apparence, composé des mots de tous les jours mais d’une intensité dramatique avec son humour désespéré, cynique ou sa pure et simple cruauté.
Jouant en permanence dans de légers contre-jours, les acteurs de tous ces drames sont remarquables par la qualité de leur immersion dans le sentiment des pères, des mères , des fille ou des fils qu’ils interprètent. Lorsque ce spectacle se termine, on hésite à applaudir tant ce temps passé assis dans notre fauteuil nous a paru si intense et si court. On aimerait presque que tout cela ne soit pas terminé.
Lors de sa présentation dans la cadre des rencontres mensuelles organisées par le Festival d’Avignon en 2006, Joël Pommerat nous avait montré un montage d’images effectué à partir de portraits d’habitants de sa ville de résidence et qui défilaient sur un rythme rapide et précis. Je lui avais posé la question de l’apport de ce travail à sa création théâtrale. Je crois me souvenir qu’il m’avait répondu : une grande rigueur dans ses mises en scènes. Je ne comprenait pas , à l’époque, ce que cette réponse pouvait signifier. Aujourd’hui, tout est devenu plus clair. Joël Pommerat a construit un langage dramatique, personnel, intense , mis en œuvre avec la précision d’un laser où les comédiens et la régie jouent en permanence sur le fil du rasoir. Car, s’il y a une chose à retenir, c’est que dans son travail, le moindre faux pas serait tout de suite repéré, tant sa syntaxe raye implacablement l’accessoire. Un travail sur l’essentiel. Du grand Art.
mardi 18 mars 2008
Michel Andersson
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Le malheur de Job (sms-théâtre).
Jean Lambert-wild

Tout le monde connaît la traditionnelle formule prononcée depuis quelques années au début de nombreux spectacles qui consiste à demander d’éteindre les téléphones portables. Là, non, au contraire, les numéros sont relevés durant la période d’attente et il est fortement recommandé de les laisser allumés durant toute la durée de la prestation. Après tout, de nombreux artistes cherchent à intégrer les technologies nouvelles et le portable en constitue une manifestation ostentatoire. Alors, pourquoi pas ? L’idée méritait d’être essayée.
« Le Malheur de Job », est un long poème déclamé en slam, c’est-à-dire un de ces langages dérivés du rap et dont le texte constitue une expression du mal être d’une jeunesse marginalisée. Le texte reprend de nombreux thèmes propres à la marginalité et fait pratiquement le tour de la question. A un moment, le rideau s’ouvre pour nous montrer en parallèle un autre spectacle dans le spectacle s’inscrivant en contrepoint par sa douceur, sa légèreté et qui aurait très bien pu être présenté dans le cadre des Hivernales par son côté apesanteur. Un homme émerge au milieu d’un tas de sacs plastiques blancs er roses qui envahissent progressivement tout l’espace scénique. L’homme s’amuse puis jongle avec les sacs et effectue ensuite un balais aérien. Esthétiquement, cette partie était très jolie mais faisait parfois concurrence avec la prestation du slameur. La musique et l’utilisation d’effets de voix rendus possible par l’utilisation des moyens audio s’intégraient bien dans l’ensemble.
Cependant, j’ai aimé moyennement ce spectacle. La prestation du slameur, Dgiz, était sans défaut et constituait en soi un petit exploit artistique. Mais, si d’autres oreilles sont habituées à ce type de déclamation, pour ma part, je trouve qu’elle sombre assez vite dans la monotonie. On sentait que tout était mis en œuvre pour ne pas tomber par ce travers, malheureusement je pense que c’est propre au genre et qu’il est difficile d’y échapper.
Et les portables dans l’histoire ? Ils sonnaient durant le spectacle pour envoyer des sms qui posaient des questions auxquelles il fallait répondre, le tout étant projeté sur un écran à la sortie. Plusieurs questions et réponses étaient très amusantes, mais je n’ai pas trouvé la relation avec le texte du « Malheur de Job », mis à part que le slam et le portable s’inscrivent dans la réalité d’une partie de la jeunesse. Un bon spectacle pour cette catégorie de la population durant le Festival !
5 mars 2008
Michel Andersson
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Arno
en concert

Il n’est pas utile pour définir la musique et le style d’Arno, de chercher d’autres mots que les deux qui sont souvent accolés à son nom: « rocker atypique ».
Rocker, avec des paroles qui ne relèvent pas de la pensée unique, mais qui expriment un mal être avec gentillesse, tendresse et parfois des tournures déconcertantes. Arno est un écorché vif qui ne ménage rien, ni son langage, ni sa musique, ni sa façon de se mettre en scène. Et puis, il y a cette voix rocailleuse, unique et inimitable, une voix qui sort du fond de l’être, qui donne l’impression de vouloir s’arrêter en chemin mais qui trouve toujours du ressort pour monter d’un ou deux tons. On sent toute l’épaisseur d’une existence qui ne fut sans doute pas facile et qui ne l’est sans doute toujours pas. Arno est donc un chanteur engagé : tout résonne en lui dans sa présence scénique, il se livre aux limites de son être. Chanter semble correspond à un besoin profond de son existence. Il appartient à cette catégorie d’artistes dont l’expression doit sortir coûte que coûte d’eux même sous peine de sombrer dans le désespoir ; un artiste qui ne triche pas, qui ne sait pas tricher.
Atypique, par une carrière loin des médias et du succès facile des chansons de circonstances. Son style de vie est plutôt celui des rocker d’arrières bars enfumés, qui sirotent leurs demis de bière après chaque chanson que celui d’un rocker près à des concessions pour appartenir au monde médiatique. Qu’il chante en anglais, en français ou dans son patois flamand, le style reste simple et très personnel. Même lorsqu’il empreinte à d’autres ses chansons (comme “Les filles du bord de mer”), il y ajoute une touche inimitable et une profondeur dans l’expression qui apportent une épaisseur aux sentiments. Arno vit dans l’instant et de tout son être les textes qu’il compose ou qu’il empreinte.
Un être sincère ou un grand comédien ? Qu’importe, une énergie en tous cas qui déborde en permanence ; un grand talent.
4 mars 2008
Michel Andersson