JANVIER 2009
Ce week end (pardon cette fin de semaine), Madame Suzanne Lebeau, en personne, nous a fait l’amitié de sa présence… et ce n’était pas chose aisée…
Je m’explique : on avait comme il se doit préparé une bonne petite couche de neige pour qu’elle ne soit pas désemparée en arrivant ici sur le sol français, dé
barquant de son Québec, tout transit de froid en ce mois de janvier ! Le soucis : c’est qu’il n’y avait pas la logistique qui va avec ! et le blocage fût quasi total ! Ce qui a bien failli nous priver de la dame ! Bref elle est arrivée en temps et en heure, mais sans ses bagages (pour l’anecdote, la première du spectacle “le bruit des os qui craquent” a eu lieu hier à Fos et la dame a repris un vol pour Montréal ce matin ! toujours sans ses bagages !!! Elle revient “dieu merci” à la fin du mois en France ! Ses bagages l’attendront (on l’espère) sagement).
Donc douze joyeux stagiaires ont passé 2 jours dans une salle de réunion de l’espace culturel Folard de Morières les Avignon. Merci à François Brett qui nous a accueilli comme des princes et à Madame Annie Ramirez qui nous a fait l’honneur d’ouvrir et de cloturer le stage.
2 jours intenses où il fut beaucoup question d’argent ! Espérons que les stagiaires auront envie de partager leurs écrits !
À l’origine des sourcils, j’ai un A.
Sur la colonne du nez, j’ai un B.
Pas de pomme d’Adam, j’ai un C.
Je n’entends pas, j’ai un K.
Je vois avec deux D.
Sur la tête, j’ai des T, des U viennent s’y ajouter, quelques fois des É, quand je ne perds pas mes I.
Je me tiens comme un Z.
Des problèmes de pieds me déséquilibrent aux points F et G, mais je n’en souffre plus.
De la bouche à l’estomac j’ai un J, un gros, je ne l’avalerai jamais.
J’ai des sentiments en OU et en MU, et je ne m’en cache pas.
Pour taper, j’ai des L, N, M et des HAP, j’en ai plein les doigts.
Je dors en V et rêve en S, mais je ne conçois que des ZE.
Eddy Pallaro
Eddy Pallaro est né le 31 octobre 1971 à Cognac en Charente. Ce n’est pas ce qui nous intéresse ici … il est surtout auteur et comédien de la cie de La Mauvaise Graine Arnaud Meunier. Nous avons eu la chance de l’avoir pour nous tout seul pendant tout un week end, le 29 et 30 mars dernier pour un stage d’écriture qui s’est déroulé à la Bourse du Travail d’Avignon. Deux jours intenses, d’où sont sortis encore une fois des petits bijoux que nous vous invitons à déguster.
1 - LA STATUE A LA TETE COUPEE
Lorsque les gens passent près de moi ils se taisent, à quoi bon parler, elle n’a plus d’oreilles, je n’ai plus d’yeux non plus, plus de joues, plus de bouche, de dents, de menton, de cou, enfin plus rien!
Faut dire que j’ai perdu la tête….c’est dur ! je veux dire être une statue….c’est dur…ça pierre dure….enfin avant….maintenant ce serait plutôt “pierre ponce”…..c’est l’usure…ben oui les trous c’est l’usure….je m’use….remarque normal c’est mon boulot….Muse…c’est mon boulot ! j’ai la robe, le drapé, la harpe et tout le tintouin….mais faut pas croire, j’inspire encore! j’ai mon souffle à moi ! c’est que j’ai pas encore rendu mon dernier soupir! décapitée peut être mais inspirée. C’est pour ça que quand les gens passent près de moi ils se taisent, ils s’assoient là et ils attendent, ils m’attendent ! alors j’inspire sans respiration, je murmure sans bouche jusqu’à ce que leur tête comme moi s’envole.
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je musique, je chapitre, je rigole, j’aime jouer la liberté, vivre une grande histoire et pleurer dans de grands mouchoirs, rêver de l’inaccessible et jouer les filles de l’air….oui surtout jouer les filles de l’air, décoller, et tu peux pas savoir comme c’est chouette d’être aérien, t’es pas obligé hein! y a plusieurs chemins, tu choisis…..moi c’est l’aérien….j’ai toujours aimé gravir les échelons j’aurai pu être pompier!! y a qu’un seul truc embêtant c’est la “suspension”.
Bon pourquoi je vous disais ça, je sais plus là! ah oui à cause des points…de suspension…parce que là j’y suis en plein dans les points, je les alignes, je les alignes et je sais plus….j’ai le système qui déjante à force de me torturer les boyaux de la tête et de me triturer la matière grise je crois que j’ai fais sauter les plombs et y a plus la lumière à tous les étages.
La vérité c’est que je pédalle dans la choucroute et je cherche la tangeante, l’ennui c’est que je trouve pas le canal de dérivation et c’est pas faute de dériver parce que là pour dériver je dérive et en pleine mer encore, je brasse, je brasse dans le courant mais dans le courant d’air, y a que de l’air.
Bon aller faut que je me concentre sur l’objet mais plus je le regarde plus je me dit : “comment de ne pas dériver avec un objet qui est fantaisie, poésie, émotion, que de l’ici et maintenant et c’est bien ce que j’ai essayé de vous décrire, non ?”
Pour nous faire accumuler ce qu’on pourrait appeler de la “matière”, Marion nous a demandé de faire des inventaires : les lieux où on a mal dormi, les lieux où on a dormi seuls, les objets perdus, les maisons étrangères…Voici, à titre d’exemples quelques uns de mes inventaires:
Des plaies et des bosses : Un oeil au beurre salé quand un breton m’a décroché un gauche, un malaire et une molaire, quel malheur, écrasés par le poing d’un voleur, une bosse de celles qui portent malheur à ceux qui la touchent cachée dans la fleur de mon secret, une estafilade longue comme la braguette d’un pantalon fendant l’abdomen, fermeture éclair sur les viscères.
Les premières fois : La première fois que je me suis mariée, c’est la première fois que je me suis marrée. La première fois que je n’ai plus aimé, c’est la première fois que je me suis sauvée. Alors, j’ai traversé la mer pour la première fois, et pour la première fois, je me suis dit qu’il n’y aurait pas de deuxième fois.
La deuxième fois que…
J’habite un village du Var, un village du Vaucluse, très sec, jaillissant d’eau, cascade et résurgence. Bruyant et frais, d’une fraîcheur sonore.
RE de lumière, ou rai de lumière, dessine et sculpte sur la place de la Rouguière.
VI, vivant: vé, si tu veux, et voui! vé! Faune qui joue entre les feuilles d’acanthe, faune qui se joue du jet d’eau qui “l’agante”.
E, eh! Bébert, on ferait cuire un oeuf au soleil…
BERT, aujourd’hui, on ferait cuire un oeuf au soleil!
JE me rue à l’étal du boucher ambulant, en rasant les murs pour jouir de leur ombre.
NEveu, mon neveu! “Encigalée, encigalée”, je me retrouve. Oui,
CU, sur le cul! Fais un
VOEU!
Lorsque les gens passent près de moi ils se taisent. “A quoi bon parler elle n’a plus d’oreille”. j’ai plus d’yeux non plus, plus de joues, plus de bouche, de dents, de menton, de cou enfin plus rien!
faut dire que j’ai perdu la tête……c’est dur! je veux dire être statue…..c’est dur……ça pierre dure….enfin avant….maintenant ce serait plustôt pierre ponce…..c’est l’usure….ben oui les trous c’est l’usure…..je m’use…….remarque normal c’est mon boulot…..Muse…..c’est mon boulot. J’ai la robe, le drapé, la harpe et tout le toutim. Mais faut pas croire….j’inpire encore… j’ai mon souffle à moi….c’est que j”ai pas encore rendu mon dernier soupir….décapité peut être mais inspirée, c’est pour ça que quand les gens passent près de moi ils se taisent, il s’assoient là et ils attendent, il m’attendent, j’inspire sans respiration, je murmure sans bouche jusqu’à ce que leur tête comme moi s’envole.
Je musique, je chapitre, je rigole, c’est vrai j’aime jouer la liberté, vivre des grandes histoires et pleurer dans un grand mouchoir, rêver de l’inaccessible et jouer les filles de l’air, oui surtout jouer les filles de l’air et décoller. Tu peux pas savoir comme c’est chouette d’être aérien ! t’es pas obligé hein! y a plusieurs chemins tu choisis! moi c’est l’aérien, j’ai toujours aimé gravir les échelons, j’aurai pu être pompier. Y a qu’un seul truc embêtant c’est “la suspension”.
Bon pourquoi je vous disais ça, je sais plus !! ah oui à cause des points…..de suspension, parce que là j’y suis en plein dans les points……. je les alignes…… je les alignes……… j’ai le système qui déjante à force de me torturer les boyaux de la tête et de triturer la matière grise, je crois que j’ai fait sauter les plombs! j’ai plus la lumière à tous les étages!!
La vrai vérité c’est que je pédalle dans la choucroute et que je cherche la tangeante, mais je trouve pas le canal de dérivation et pourtant c’est pas faute de dériver parceque là pour dériver, je dérive et en pleine mer encore! je brasse, je brasse mais que de l’air.
Bon faut que je me concentre sur l’objet, mais plus je le regarde plus je me dis : “difficile de ne pas dériver avec un objet qui est tout en fantaisie en poésie, en émotion et la représentation de l’ici et maintenant ” et c’est bien ça que j’essaye de vous décrire non ?
Épuisée, je suis sortie de là épuisée, vidée. elle nous a fait bosser, la Marion ! Chrono en main, elle nous a lancé une multitude de défits. Et nous avons gratté, gratté des pages et des pages en volant des bribes de vies à nos compagnons d’atelier ou à l’environnement qui nous était offert (le magnifique château de Chateauneuf de Gadagne et son parc), support indispensable à l’envol de notre imagination. Pour donner une idée, je vais copier le premier texte que nous avons fourni; c’était juste après avoir fait connaissance en pratiquant des jeux, à la fois pour se souvenir rapidement des prénoms des autres et aussi commencer à comprendre qui ils sont. La contrainte était : Raconter une histoire qui commence par “je m’appelle” ou “j’habite” et inclure des mots commençant par chacune des syllabes composant nos prénoms et noms”
Je m’appelle comme la reine d’Abyssinie, vous savez, celle qu’on représente toujours coiffée d’une carapace de tortue et portant en guise de robe, ou plutôt je devrais dire, en guise de manteau, la peau d’un cheval baie. J’ai le même prénom que cette libertine qui avait l’habitude d’accrocher un nénuphar dans le nid de ses seins et aussi, dit-on, aux lèvres de son sexe. Comme amant, on ne lui connut qu’un bouc, fidèle et puissant, un bouc qu’elle tenait en laisse pour l’avoir à la disposition de ses envies. Une chimère naquit de cette union, mi-chèvre, mi-homme, qui mourut en poussant son premier bêlement. On embauma la créature, et elle fut ensevelie dans un mausolé de pierre ponce. Des siècles plus tard, un archéologue découvrit la petite dépouille et s’en empara. Comme cet homme était du genre farceur, une nuit sans lune, sous l’Arc de Triomphe, il excava les os vermoulus du soldat inconnu pour les remplacer par sa découverte. C’est ainsi que depuis cette nuit-là, drapeau flottant, clairon chantant, la République et ses dignes représentants honnorent une chimère.
Samedi 30 juin et Dimanche 1 juillet, 12 joyeux stagiaires se sont retrouvés dans le lieu paradisiaque que la Mairie de Chateauneuf de Gadagne nous a mis gentiment à disposition : le Château de la Chapelle, très belle bâtisse entièrement rénovée et vouée à accueillir les associations du Village dès la rentrée de septembre. Ils étaient réunis autour de l’auteur Marion Aubert pour un stage d’écriture.
A la fin du stage comme à chaque fois au moment du bilan, on entend des “c’est trop court !”, “comment faire pour continuer ?”, … Germe alors l’idée de ce blog partagé pour à la fois mettre en commun les textes mais aussi donner la possibilité à d’autres personnes de pouvoir les lire et le cas échéant les commenter. C’est fou ce qu’on écrit en un week-end…
Bonne lecture !
Esther (G.O. de ce stage pour le Théâtre)